Effet secondaire de l’immunothérapie : les signes à signaler, même après l’arrêt
Publié par : Éloïse Garrel-Chauveau — Rédactrice spécialisée en traitements et innovations médicales
Une diarrhée nouvelle, une toux inhabituelle ou une fatigue qui s’accentue peuvent être liées à une immunothérapie anticancéreuse. Ces manifestations ne prouvent pas, à elles seules, un effet secondaire, mais elles doivent être signalées à l’équipe soignante. Les effets indésirables peuvent apparaître pendant le traitement et après son arrêt. Les reconnaître tôt aide à organiser une prise en charge adaptée.
Un nouveau symptôme : quand appeler sans attendre ?
Le premier réflexe est de contacter l’équipe d’oncologie devant tout symptôme nouveau ou toute aggravation, sans attendre la prochaine perfusion. Une manifestation apparemment banale peut justifier un bilan ; inversement, elle peut avoir une autre cause, comme une infection. Seule une évaluation médicale permet de faire la différence.

Une difficulté importante à respirer, une douleur thoracique, un malaise, une confusion ou une faiblesse brutale nécessitent une évaluation urgente. Appelez les services d’urgence si la situation paraît grave ou évolue rapidement, en précisant que vous recevez, ou avez reçu, une immunothérapie. En France, composez le 15 ou le 112.
Une diarrhée répétée, du sang dans les selles, des douleurs abdominales marquées, une fièvre, une baisse des urines ou un jaunissement des yeux doivent également être signalés sans délai. Pendant une perfusion, avertissez immédiatement le personnel en cas de frissons, de démangeaisons, de gonflement ou de gêne respiratoire.
La Ligue contre le cancer recommande de ne pas tenter de traiter soi-même de nouveaux symptômes. N’entamez pas un médicament, y compris un antidiarrhéique ou un produit dit naturel, sans avis adapté à votre situation. Ne modifiez pas non plus votre traitement anticancéreux de votre propre initiative.
Pourquoi l’immunothérapie peut aussi toucher des organes sains
L’immunothérapie aide le système immunitaire à combattre les cellules cancéreuses. Parmi ces traitements, les inhibiteurs de points de contrôle immunitaires, comme les anti-PD-1, anti-PD-L1 et anti-CTLA-4, lèvent certains freins de la réponse immunitaire. Cette activation peut aussi entraîner une inflammation de tissus sains : on parle alors de toxicité immunitaire ou d’effet indésirable immunomédié.
Comprendre les immunothérapies spécifiques du cancer du poumon — Cette page officielle explique les effets indésirables possibles des immunothérapies et leur prise en charge, notamment les colites et diarrhées.
Le mécanisme diffère de celui de la chimiothérapie, qui agit notamment sur les cellules se divisant rapidement, et des thérapies ciblées, dirigées contre des mécanismes moléculaires particuliers. Cela n’empêche pas certains symptômes de se ressembler, notamment la fatigue, les nausées ou les troubles digestifs.
Imaginez un soufflet qui ravive un foyer : augmenter l’arrivée d’air intensifie la combustion, mais la chaleur ne reste pas nécessairement confinée à l’endroit souhaité. Cette image aide à comprendre pourquoi un symptôme éloigné de la tumeur — une modification du transit ou une gêne oculaire, par exemple — mérite d’être rapporté. L’organe où se situe le cancer n’est pas le seul à surveiller.
Ces effets ne sont pas systématiques. Roche indique que les associations d’immunothérapies augmentent la probabilité d’effets indésirables. Liv Hospital évoque une fréquence pouvant aller jusqu’à 80 %, mais sans préciser la population ni le protocole concernés : ce chiffre ne permet donc pas d’estimer votre risque personnel. Les CAR-T et les vaccins anticancéreux relèvent aussi de l’immunothérapie, avec des profils de risques différents ; les repères ci-dessous concernent surtout les inhibiteurs de points de contrôle.
Les manifestations à repérer, au-delà de la fatigue
Les effets possibles concernent plusieurs organes, parfois simultanément. Ce tableau sert à préparer un échange avec les soignants, pas à établir un diagnostic. Certaines atteintes, notamment du foie ou des reins, peuvent d’abord être repérées sur une prise de sang, sans symptôme évident.
| Organe ou système | Manifestations possibles à signaler | Informations utiles à transmettre |
|---|---|---|
| Peau et muqueuses | Éruption, démangeaisons, rougeurs ; cloques ou lésions des muqueuses nécessitant un avis urgent. | Date d’apparition, extension, douleur et présence de lésions dans la bouche. |
| Intestin et appareil digestif | Diarrhée, douleurs abdominales, nausées, vomissements, sang ou mucus dans les selles. | Nombre de selles par rapport au transit habituel, possibilité de boire et de manger. |
| Poumons | Toux nouvelle, essoufflement ou aggravation d’une gêne respiratoire. | Apparition au repos ou à l’effort, évolution et fièvre éventuelle. |
| Foie et reins | Jaunissement des yeux ou de la peau, urines foncées, diminution des urines ; parfois uniquement des anomalies biologiques. | Changements observés et derniers examens réalisés. |
| Glandes endocrines | Fatigue inhabituelle, variation de poids, palpitations, frilosité, soif importante ou maux de tête inhabituels. | Évolution, retentissement quotidien et symptômes associés. |
| Yeux, système nerveux, muscles et sang | Troubles visuels, douleur oculaire, faiblesse, fourmillements, bleus ou saignements inhabituels. | Début brutal ou progressif, localisation et gêne fonctionnelle. |
Une inflammation du côlon est appelée colite ; celle des poumons, pneumonite. Une atteinte de l’hypophyse, glande qui participe à la régulation hormonale, est appelée hypophysite. La thyroïde peut également fonctionner trop ou pas assez. Ces diagnostics ne se déduisent pas d’un symptôme isolé : ils nécessitent des examens.
La fatigue mérite une attention particulière lorsqu’elle devient inhabituelle ou limite nettement les activités. Il ne faut pas automatiquement l’attribuer au cancer : l’équipe peut rechercher, entre autres, un trouble hormonal, une anomalie sanguine ou une autre cause médicale.
Une surveillance qui continue après la dernière perfusion
Il n’existe pas de calendrier unique. Roche décrit une apparition possible de quelques jours à plusieurs mois après la première perfusion. La Ligue contre le cancer situe habituellement la survenue entre le 2e et le 6e mois. Ces repères ne constituent pas une période de sécurité : des manifestations peuvent commencer plus tôt, plus tard ou après la fin du traitement.
La durée varie également selon l’organe et la gravité. La Ligue contre le cancer décrit la majorité des effets comme réversibles, mais certaines atteintes peuvent persister et demander un traitement prolongé, notamment une substitution hormonale. La disparition des symptômes ne signifie donc pas toujours que le suivi peut s’arrêter.
Conservez le nom de vos médicaments et les dates de traitement, et signalez votre immunothérapie à tout professionnel consulté, même après son arrêt. Lors d’un appel, indiquez :
- le symptôme, sa date de début et son évolution ;
- son retentissement sur la respiration, l’alimentation ou les activités ;
- la date de la dernière administration ;
- les autres médicaments, compléments alimentaires et produits naturels utilisés.
Une prise en charge adaptée à l’organe et à la gravité
L’équipe évalue les symptômes, examine le patient et prescrit si nécessaire des analyses, une imagerie ou un avis spécialisé. Elle recherche aussi d’autres explications possibles avant d’attribuer les troubles à une réaction immunitaire. Roche décrit des grades de sévérité de 1 à 4, utilisés pour guider les décisions médicales.
Selon la situation, la prise en charge peut associer surveillance rapprochée, traitement symptomatique, suspension temporaire ou arrêt de l’immunothérapie. Des corticoïdes, par voie orale ou intraveineuse, peuvent être nécessaires pour réduire l’inflammation. D’autres immunosuppresseurs sont parfois utilisés ; certaines atteintes hormonales demandent un traitement substitutif.
Une suspension ne signifie pas automatiquement un arrêt définitif. Une éventuelle reprise dépend de l’organe touché, de l’évolution et du bénéfice attendu contre le cancer. Ces décisions appartiennent à l’équipe médicale, en discussion avec le patient. Signaler rapidement un symptôme ne revient pas à renoncer au traitement : c’est permettre d’en sécuriser la suite.



