Cytologie urinaire : des leucocytes élevés ne prouvent pas une infection
Publié par : Éloïse Garrel-Chauveau — Rédactrice spécialisée en examens et imagerie médicale
Des leucocytes dans les urines peuvent signaler une inflammation, parfois liée à une infection urinaire. Mais leur présence ne suffit pas à poser un diagnostic. Pour comprendre votre résultat, il faut regarder la quantité mesurée, l’unité, les bactéries éventuellement retrouvées et vos symptômes. Il faut aussi distinguer la cytologie urinaire, l’ECBU et la bandelette : ces examens ne donnent pas les mêmes informations.
Identifier l’examen avant d’interpréter les leucocytes
Les leucocytes sont les globules blancs, des cellules participant aux défenses immunitaires. Une augmentation de leur quantité dans les urines, appelée leucocyturie, peut traduire une réaction inflammatoire des voies urinaires. Une faible quantité peut toutefois rester dans les limites de référence du laboratoire.

Le terme « cytologie urinaire » désigne l’étude de cellules présentes dans les urines. En pratique, il peut notamment correspondre à une recherche de cellules anormales. Ce n’est donc pas un synonyme systématique d’ECBU : vérifiez l’intitulé exact de l’examen sur votre compte rendu.
- La bandelette urinaire est un test rapide de dépistage. Elle détecte notamment un marqueur des leucocytes et les nitrites, sans identifier le germe.
- L’ECBU, ou examen cytobactériologique des urines, associe l’étude des cellules, dont les leucocytes et les hématies, à une recherche de bactéries par culture.
- La cytologie urinaire spécialisée étudie l’aspect des cellules selon l’indication médicale. Une mention de leucocytes y décrit un élément inflammatoire, sans établir à elle seule sa cause.
Un résultat indiqué « traces » ou « positif » sur bandelette ne se compare donc pas directement à un décompte de leucocytes par millilitre dans un ECBU.
Lire les chiffres sans confondre les unités
La méthode et les valeurs de référence du laboratoire priment sur un seuil générique. Avant de vous inquiéter d’un nombre, repérez son unité : par millilitre, par millimètre cube ou par champ microscopique. Ces présentations ne sont pas toutes directement comparables.
| Paramètre | Repère cité | Précaution de lecture |
|---|---|---|
| Leucocytes comptés par volume | Seuil de 10 000/ml, soit 10/mm3 | La Cité des sciences mentionne une leucocyturie anormale au-delà de ce repère ; vérifier les références du laboratoire. |
| Leucocytes au microscope | Moins de 5 par champ de fort grossissement | Repère présenté par Medicover ; il ne se convertit pas directement en leucocytes/ml sans connaître la méthode. |
| Hématies | Repère de 10 000/ml, soit 10/mm3 | Il concerne les globules rouges, et non les leucocytes. |
Par exemple, des résultats de 6 600/ml et de 17 300/ml se situent de part et d’autre du repère de 10 000/ml. Cela ne permet pourtant pas, à lui seul, d’affirmer qu’une infection est apparue ou qu’elle s’aggrave. Les conditions de recueil, les symptômes et la culture bactérienne restent essentiels.
Les bactéries s’expriment généralement en UFC/ml, c’est-à-dire en unités formant colonie par millilitre. La Cité des sciences cite plus de 1 000 UFC/ml pour Escherichia coli, et, pour certains autres germes, au moins 10 000 UFC/ml chez la femme et 1 000 UFC/ml chez l’homme. Ces seuils dépendent du germe et de la situation clinique : ils ne constituent pas une règle d’autodiagnostic.
Croiser leucocytes, nitrites, culture et symptômes
Les différentes lignes du compte rendu répondent à des questions distinctes. Les leucocytes renseignent sur une réaction inflammatoire ; les nitrites orientent vers certaines bactéries ; la culture recherche des germes. Les hématies correspondent, elles, à du sang dans les urines et ne prouvent pas davantage une infection.
Leucocytes positifs et nitrites négatifs : une association possible
Certaines bactéries, notamment Escherichia coli, transforment les nitrates en nitrites. Mais toutes ne le font pas. Par ailleurs, l’urine doit avoir séjourné suffisamment longtemps dans la vessie : une durée de 3 à 4 heures est généralement mentionnée pour permettre cette transformation. Des nitrites négatifs n’excluent donc pas une infection.
À l’inverse, des leucocytes positifs peuvent accompagner une inflammation sans infection bactérienne démontrée. Des calculs, une inflammation vésicale ou une cystite interstitielle font partie des causes possibles. Une contamination du prélèvement par des sécrétions vaginales peut aussi expliquer un résultat discordant.
Le rôle décisif des manifestations cliniques
Des brûlures urinaires, des envies fréquentes d’uriner ou une douleur du bas-ventre renforcent la nécessité d’une interprétation médicale. L’association de leucocytes et de nitrites positifs soutient l’hypothèse infectieuse, sans remplacer cette évaluation. Une bandelette négative ne doit pas non plus conduire à ignorer des symptômes persistants ou importants.
Lorsque la bandelette est douteuse, le médecin peut demander un ECBU pour rechercher le germe. Une culture négative malgré des leucocytes nécessite également une lecture adaptée, notamment si un antibiotique a déjà été pris.
Fiabiliser le prélèvement et la lecture de la bandelette
Un résultat ne vaut que si l’échantillon a été correctement recueilli et conservé. Pour un ECBU, utilisez le flacon stérile remis ou recommandé par le laboratoire et suivez ses consignes.
- Lavez-vous les mains et réalisez la toilette locale indiquée, sans ajouter d’antiseptique non demandé.
- Commencez à uriner dans les toilettes, puis recueillez le deuxième jet sans toucher l’intérieur du flacon.
- Refermez le récipient et notez l’heure du recueil.
- Apportez-le rapidement au laboratoire, selon ses instructions de délai et de conservation.
Une nappe propre ne rend pas un flacon stérile : le poser ouvert sur une table ou déposer son couvercle face interne contre le tissu peut contaminer l’échantillon. Préparez plutôt le matériel avant de commencer, gardez le récipient ouvert le moins longtemps possible et ne touchez pas ses surfaces intérieures. Ce détail compte davantage qu’une apparence impeccable du lieu de prélèvement.
Pour une bandelette, respectez d’abord la notice. Le guide de l’urologue mentionne un trempage de 1 seconde, puis une lecture vers 1 minute pour plusieurs paramètres et à 2 minutes pour les leucocytes. Ces délais peuvent varier selon le produit : une lecture tardive est peu fiable.
VIDAL indique une conservation entre 15 et 30 °C, à l’abri notamment de l’humidité et de la lumière. Une urine très diluée, certains médicaments, la vitamine C, des antiseptiques ou une mauvaise conservation peuvent perturber certaines réactions. Signalez vos traitements, sans les interrompre de vous-même.
Décider de la suite avec un professionnel de santé
Un chiffre isolé ne justifie pas de prendre un antibiotique. En l’absence de symptômes, transmettez le résultat au prescripteur : il décidera si une simple interprétation suffit ou si un nouveau prélèvement est utile. Ne cherchez pas à « faire baisser les leucocytes » ; c’est leur cause éventuelle qui doit être évaluée.
Demandez rapidement un avis médical en cas de brûlures urinaires persistantes, de sang visible dans les urines ou de douleurs. Une fièvre accompagnée de frissons, d’une douleur du dos ou du flanc, de vomissements ou d’une altération de l’état général nécessite une évaluation sans attendre, car une atteinte rénale est possible.
La grossesse, une sonde urinaire, une immunodépression ou une maladie rénale demandent une prudence particulière. Pour faciliter l’échange, préparez le compte rendu complet, la date de début des symptômes, les conditions du prélèvement et les traitements récents. Ces éléments sont souvent plus utiles qu’un taux de leucocytes considéré seul.



