Code génétique : 64 codons, 20 acides aminés et 3 signaux STOP
Le code génétique est la règle qui relie l’ARN messager à la protéine produite par la cellule. Il indique quel acide aminé ajouter à chaque lecture du ribosome. Pour le comprendre, il suffit de garder trois repères, la lecture se fait par triplets, ces triplets sont des codons, et certains codons servent de signal d’arrêt.
La logique de base : passer d’une séquence d’ARN à une protéine
Dans une cellule, l’ADN porte l’information héréditaire, mais la fabrication des protéines passe par une molécule intermédiaire, l’ARN messager, ou ARNm. Le ribosome lit cet ARNm dans un sens précis et avance de trois nucléotides à la fois. Chaque groupe de trois bases forme un codon.
Quiz sur le code génétique
L’ARNm ne possède que quatre bases, A, U, C et G. Comme un codon comporte trois positions, il existe 4*4*4 = 64 codons possibles. Ces 64 codons ne correspondent pourtant pas à 64 acides aminés différents, car les protéines utilisent 20 acides aminés standards. C’est cette différence qui explique la redondance du système.
Un codon ne se lit jamais seul
Un codon prend son sens dans une séquence continue. Une suite comme AUG-GCU-UUU ne se comprend pas base par base, mais triplet par triplet. AUG est généralement associé au démarrage de la traduction et code la méthionine, GCU code l’alanine, UUU code la phénylalanine. Si la lecture se décale d’une seule base, tous les triplets changent, et le message biologique aussi.
Le cadre de lecture compte donc autant que la suite de lettres. Une insertion ou une suppression d’un seul nucléotide peut modifier toute la protéine produite. À l’inverse, une substitution ponctuelle peut rester sans effet si elle transforme un codon en codon synonyme, c’est-à-dire un codon qui code le même acide aminé.
Codons, initiation et arrêt : les signaux indispensables
La traduction ne consiste pas seulement à associer des codons à des acides aminés. Elle doit commencer au bon endroit, avancer dans le bon cadre, puis s’arrêter au bon signal. Sans ces repères, la cellule fabriquerait des chaînes incohérentes, trop courtes ou trop longues.

Le codon d’initiation
Le codon AUG joue un rôle central. Il code la méthionine et sert très souvent de codon d’initiation de la traduction. Il indique au ribosome où commencer la lecture productive de l’ARNm. À partir de ce point, la séquence est découpée en triplets successifs, sans ponctuation entre eux.
Ce démarrage fixe le cadre de lecture. Une même séquence d’ARNm peut théoriquement être lue selon trois découpages différents, selon la première base choisie. En pratique, le bon cadre est celui qui mène à une séquence cohérente jusqu’à un codon d’arrêt.
Les trois codons STOP
Trois codons ne codent pas d’acide aminé standard : UAA, UGA et UAG. On les appelle codons STOP, car ils provoquent l’arrêt de la traduction. Lorsque le ribosome rencontre l’un de ces signaux, la chaîne d’acides aminés est libérée, puis la protéine peut se replier ou subir des modifications.
Les 61 autres codons sont des codons sens : ils correspondent à un acide aminé. Cette distinction est essentielle pour interpréter une séquence, repérer une région codante et comprendre les effets possibles d’une mutation.
Lire un tableau du code génétique sans se perdre
Un tableau du code génétique sert à retrouver rapidement l’acide aminé associé à un codon d’ARNm. Il se lit avec les lettres A, U, C et G, et non avec la thymine T de l’ADN. Pour utiliser ce type de tableau, il faut donc travailler sur la séquence d’ARNm ou convertir T en U lorsqu’on part d’une séquence codante d’ADN.
| Codon ARNm | Acide aminé ou signal |
|---|---|
| UUU, UUC | Phénylalanine |
| UUA, UUG, CUU, CUC, CUA, CUG | Leucine |
| AUU, AUC, AUA | Isoleucine |
| AUG | Méthionine, initiation fréquente |
| GUU, GUC, GUA, GUG | Valine |
| UCU, UCC, UCA, UCG, AGU, AGC | Sérine |
| CCU, CCC, CCA, CCG | Proline |
| ACU, ACC, ACA, ACG | Thréonine |
| GCU, GCC, GCA, GCG | Alanine |
| UAU, UAC | Tyrosine |
| CAU, CAC | Histidine |
| CAA, CAG | Glutamine |
| AAU, AAC | Asparagine |
| AAA, AAG | Lysine |
| GAU, GAC | Aspartate |
| GAA, GAG | Glutamate |
| UGU, UGC | Cystéine |
| UGG | Tryptophane |
| CGU, CGC, CGA, CGG, AGA, AGG | Arginine |
| GGU, GGC, GGA, GGG | Glycine |
| UAA, UGA, UAG | STOP |
Ce tableau montre tout de suite pourquoi le système est redondant : plusieurs acides aminés sont codés par deux, quatre ou six codons. À l’inverse, le tryptophane n’est représenté que par UGG, et la méthionine par AUG dans le code standard.
Pourquoi dit-on que le code est dégénéré, redondant et presque universel ?
Le mot dégénéré ne signifie pas que le système fonctionne mal. En biologie moléculaire, il veut dire qu’un même acide aminé peut être codé par plusieurs codons. Cette propriété vient du fait qu’il existe 64 codons possibles pour seulement 20 acides aminés standards, auxquels s’ajoutent les signaux d’arrêt.
Le code génétique mitochondrial officiel et ses codons initiateurs — Une référence officielle qui présente le code génétique mitochondrial, notamment les codons initiateurs possibles et leur traduction en méthionine.
La troisième base varie souvent
Dans beaucoup de familles de codons synonymes, les deux premières bases restent identiques tandis que la troisième change. Par exemple, GCU, GCC, GCA et GCG codent tous l’alanine. Cette souplesse rend certaines mutations ponctuelles moins graves : si une base change mais que le codon obtenu code le même acide aminé, la séquence de la protéine reste inchangée.
Cette robustesse ne supprime pas les effets des mutations, mais elle en limite parfois les conséquences. Une substitution peut être silencieuse, modifier un acide aminé, ou créer un codon STOP prématuré. Tout dépend du codon initial, du codon obtenu et de la position dans la protéine.
Un code presque universel, avec des variations
Le code standard est partagé par une très grande diversité de formes de vie, ce qui suggère une origine ancienne et fortement conservée. On parle toutefois de quasi-universalité, car il existe des variations mineures selon les organismes ou certains compartiments cellulaires. Ces différences ne changent pas la logique générale du système, mais elles rappellent que le code a une histoire évolutive.
Le décodage implique aussi les ARNt et les aminoacyl-ARNt synthétases. Ces enzymes associent correctement un acide aminé à son ARNt correspondant. On compte 20 aminoacyl-ARNt synthetases dans le schéma classique, chacune participant à la fidélité de la traduction.
ORF et évolution : deux notions pour aller plus loin
Un cadre ouvert de lecture, souvent noté ORF pour open reading frame, est une portion de séquence qui commence par un signal compatible avec l’initiation et se poursuit sans codon STOP prématuré jusqu’à un arrêt final. Repérer un ORF permet d’identifier une région susceptible de coder une protéine.
Pourquoi l’ORF est utile en pratique
Lorsqu’on analyse une séquence, l’ORF aide à distinguer un simple enchaînement de bases d’un message potentiellement traduisible. Si un codon STOP apparaît très vite après le démarrage supposé, la région a peu de chances de coder une protéine longue. Si la lecture reste ouverte sur une grande distance, elle mérite une analyse plus attentive.
Cette notion est importante car le code se lit sans virgules. Le ribosome ne devine pas chaque mot indépendamment, il suit un cadre. Une erreur de cadre peut transformer entièrement la suite des codons et donc la composition de la protéine.
Une origine probablement progressive
L’origine du code génétique reste un sujet d’hypothèses. Plusieurs pistes cherchent à expliquer pourquoi certaines associations entre codons et acides aminés se sont stabilisées. Des travaux sur 8 acides aminés ont mis en évidence 6 associations ARN-acide aminés, ce qui alimente l’idée que certaines affinités chimiques ont pu participer à l’organisation initiale du système.
Une autre idée forte est celle d’un compromis évolutif : le code n’est pas aléatoire, car des codons proches tendent souvent à coder des acides aminés aux propriétés voisines. Cela peut réduire l’impact de certaines erreurs de traduction ou mutations ponctuelles. Le code génétique apparaît ainsi comme un système à la fois simple dans sa règle de lecture, triplet par triplet, et stable dans son fonctionnement biologique.
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