Cellules épithéliales dans l’urine : quand le prélèvement peut fausser le résultat
Publié par : Éloïse Garrel-Chauveau — Rédactrice spécialisée en examens et imagerie médicale
La présence de cellules épithéliales dans une analyse d’urine n’est pas forcément anormale. Ces cellules se renouvellent naturellement et peuvent être éliminées en petite quantité. Pour comprendre le résultat, il faut tenir compte de leur nombre, de leur type et des autres éléments du bilan, notamment les leucocytes, les bactéries, le sang ou les protéines.
Ce que révèle la présence de cellules épithéliales
Les cellules épithéliales forment une couche protectrice à la surface de nombreux tissus. Dans l’appareil urinaire, elles tapissent notamment les reins, les uretères, la vessie et l’urètre. Lorsqu’elles se renouvellent, quelques cellules se détachent naturellement et sont évacuées dans l’urine.
Quiz : comprendre les cellules épithéliales dans l’urine
Une seule réponse est correcte par question. Ce quiz est informatif et ne remplace pas l’interprétation d’un professionnel de santé.
Une faible quantité est donc généralement compatible avec un résultat physiologique. Jusqu’à 3 cellules épithéliales par champ observé au microscope est souvent considéré comme peu préoccupant. Entre 4 et 10 cellules par champ, le résultat doit être replacé dans son contexte. Au-delà de 10 cellules par champ, ou de plus de 3 cellules/µL selon le mode de rendu du laboratoire, il peut être utile de vérifier la qualité du prélèvement et de rechercher une cause associée.
Un nombre élevé ne permet pas, à lui seul, de poser un diagnostic. Il ne signifie pas automatiquement une infection, une maladie rénale ou un cancer. Le compte rendu doit être interprété avec les autres données de l’analyse, les symptômes éventuels et les antécédents de la personne concernée.
Le type de cellule oriente l’interprétation
Le laboratoire peut préciser la morphologie des cellules observées. Cette information compte, car les cellules épithéliales n’ont pas toutes la même origine ni la même signification.
| Type de cellule | Origine fréquente | Interprétation possible |
|---|---|---|
| Cellules squameuses ou pavimenteuses | Urètre distal, peau ou région génitale | Souvent liées à une contamination de l’échantillon, surtout lorsqu’elles sont nombreuses. |
| Cellules transitionnelles | Vessie, uretères et bassinet rénal | Peuvent accompagner une irritation ou une inflammation des voies urinaires. Elles doivent être interprétées avec le reste du bilan. |
| Cellules tubulaires rénales | Tubules des reins | Demandent une attention particulière, car elles peuvent évoquer une atteinte des structures rénales. |
Les cellules squameuses sont les plus souvent retrouvées dans un prélèvement imparfait. Elles peuvent provenir de la peau ou, chez la femme, de cellules vaginales. À l’inverse, la présence importante de cellules tubulaires rénales n’a pas la même portée. Elle peut conduire le médecin à évaluer la fonction rénale et à rechercher d’autres marqueurs, comme des protéines, des cylindres urinaires ou du sang dans les urines.
Contamination, infection ou atteinte rénale : lire le résultat dans son ensemble
La contamination est fréquente et souvent bénigne
La qualité du prélèvement influence directement l’analyse. Pour que l’urine recueillie reflète correctement ce qui se passe dans la vessie, elle ne doit pas se charger en cellules provenant de la peau ou de la région génitale pendant le recueil. Une abondance de cellules squameuses, en l’absence de symptômes et d’autre anomalie marquée, fait donc d’abord penser à une contamination de l’échantillon.
Dans ce cas, refaire l’examen avec un prélèvement plus soigneux est souvent plus utile que de conclure trop vite à une maladie. Le résultat peut alors être comparé au premier, en tenant compte des conditions dans lesquelles chaque échantillon a été recueilli.
Les marqueurs qui rendent une infection plus plausible
Une infection urinaire devient plus probable lorsque les cellules épithéliales s’accompagnent de leucocytes, de bactéries et de symptômes urinaires. Les leucocytes correspondent à une réaction inflammatoire. Les bactéries, elles, peuvent être recherchées et confirmées par une culture d’urine.
L’examen cytobactériologique des urines, ou ECBU, permet d’identifier un germe et, si nécessaire, de réaliser un antibiogramme. Ce test aide alors à orienter le choix d’un antibiotique. La présence de cellules épithéliales ne suffit toutefois pas à confirmer une infection, surtout si le prélèvement est manifestement contaminé.
La présence d’hématies, c’est-à-dire de sang microscopique dans les urines, peut aussi modifier l’interprétation. Des hématies, des cristaux ou une douleur importante peuvent notamment conduire à rechercher une irritation, un calcul ou une autre cause urologique. Aucun de ces marqueurs ne doit être examiné séparément.
Quand penser à une origine rénale
Des cellules tubulaires rénales, surtout lorsqu’elles sont associées à des protéines, des cylindres urinaires ou à une altération connue de la fonction rénale, nécessitent un avis médical. Une inflammation, certains médicaments, une déshydratation importante ou d’autres atteintes rénales peuvent être discutés selon la situation.
Seul un professionnel de santé peut relier ces éléments aux symptômes, à l’examen clinique et aux autres résultats. Une prise de sang ou une imagerie peut être proposée si le contexte le justifie. Le résultat urinaire oriente les recherches, mais ne permet pas toujours d’identifier seul la cause.
Réussir le prélèvement pour éviter un faux résultat
Un prélèvement propre réduit le risque de retrouver des cellules qui ne proviennent pas réellement des voies urinaires. Les consignes du laboratoire restent prioritaires, mais quelques gestes sont habituellement utiles :
- se laver les mains et réaliser une toilette intime simple avant le recueil ;
- utiliser un flacon stérile et éviter de toucher l’intérieur du pot ou du couvercle ;
- recueillir les urines du milieu de jet : commencer à uriner dans les toilettes, puis remplir le flacon sans interrompre le jet ;
- refermer immédiatement le récipient et l’acheminer au laboratoire dans l’heure qui suit le prélèvement ;
- en cas d’empêchement, conserver l’échantillon au réfrigérateur à 4 °C pendant plusieurs heures, selon les instructions reçues.
Le milieu de jet limite le contact de l’échantillon avec les cellules présentes à l’entrée de l’urètre ou sur la peau. Le flacon doit rester propre et fermé jusqu’à son arrivée au laboratoire. Une erreur de recueil peut en effet modifier le résultat et rendre son interprétation plus difficile.
Chez une personne ayant ses règles, des pertes vaginales importantes ou un dispositif de recueil particulier, le résultat peut être plus délicat à interpréter. Il est préférable de le signaler au laboratoire ou au médecin plutôt que d’en tirer seul une conclusion.
Les symptômes qui justifient une consultation
Une analyse montrant des cellules épithéliales sans symptôme peut simplement conduire à contrôler le prélèvement. En revanche, une consultation est recommandée en cas de brûlures à la miction, d’envies fréquentes et urgentes d’uriner, d’urines troubles ou malodorantes, de douleur dans le bas-ventre ou de sang visible dans les urines.
Il faut demander un avis médical rapidement en présence de fièvre, de frissons, de nausées, de douleurs dans le dos ou sur le côté, d’une diminution nette des urines ou d’un état général altéré. Ces signes peuvent évoquer une infection plus haute ou une atteinte nécessitant une prise en charge rapide.
La prudence est renforcée chez la femme enceinte, l’enfant, l’homme, la personne âgée, la personne diabétique, immunodéprimée ou déjà atteinte d’une maladie rénale. Dans ces situations, l’absence de douleur ne suffit pas toujours à écarter un problème.
Le traitement dépend de la cause identifiée. Un antibiotique n’est utile qu’en cas d’infection bactérienne confirmée ou fortement suspectée. À l’inverse, un prélèvement contaminé demande le plus souvent d’être refait. La présence isolée de cellules épithéliales n’impose donc pas systématiquement un traitement, mais elle mérite d’être interprétée avec l’ensemble du bilan urinaire.
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